mercredi 1 août 2018

Regard




Une heure du matin vient juste de sonner,
Un souffle d’air plus frais monte enfin de la rue ;
De loin en loin des mots, un rire et sa décrue
Signent les attardés de quelque après-dîner.

Une voiture suit, facile à discerner,
Qui file en solitaire au long d’une avenue ;
Pour les trottoirs déserts l’attente continue,
Paisible, et plus un bruit ne vient la profaner.

La grande pièce obscure imprime son  image
Aux contours indistincts et aux reflets épars
Au temps qui n’a pas plus d’épaisseur qu’une page,

Une page immuable où chacun pour sa part,
Dans la nuit de l’été, laisse errer sans ambages
L’éphémère éternel d’un unique regard.

                               ***        

lundi 30 juillet 2018

Buvons !




Belle, tendez-moi votre verre
Que je le remplisse d'un vin
Où se noient les heures amères,
Belle, tendez-moi votre verre.

Buvons à la santé de l'un
Puis de l'autre, comme naguère,
A la santé des jours défunts,
A l'oubli des jours de colère,

Buvons à la passion sincère,
A l'amour aux mille desseins,
Avant qu'un jour ne nous enterre,
Buvons à tous nos lendemains !

Comme tout finit sous la pierre
Et que je ne suis pas devin,
Daignez exaucer ma prière:
Avant de m'embrasser enfin,
Belle, tendez-moi votre verre
Que je le remplisse de vin
Et sans plus faire de manières
Nous boirons à notre destin.

                ***

dimanche 29 juillet 2018

La légende revisitée.




J’ai revu ce lac tentant
Où comme Diane, aussi nue,
Si belle et sans retenue,
Tu te plongeais dans le temps.

Des bourgeons aux feuilles mortes,
Tu t’y baignais le matin,
Sans compagnes, sans escorte ;
J’étais seul et sans mâtins[1],

Actéon[2] plein de prudence,
Plus encor de discrétion :
Pour cette profanation
Il n’y eut pas de vengeance.

J’ai bien retrouvé la place
D’où je t’admirais de loin,
De toi plus la moindre trace
Hors mon rêve en contrepoint.

                               ***       


[1] Mâtin : nm, gros chien de garde ou de chasse.
[2] Actéon : mythologie grecque, accompagné de ses chiens, le chasseur Actéon surprit Diane, déesse de la chasse, qui se baignait nue, celle-ci pour le punir de l’avoir vue ainsi, le transforma en cerf que ses propres chiens déchirèrent.