lundi 23 juillet 2018

La nuit pluvieuse.




Sombre absence aux couleurs de suie
Les toits se perdent en la nuit,
Sous chaque réverbère pâle
La cuirasse du pavé luit ;
Au pied du clocher cathédrale
Les cloches sonnent de concert
Dix coups au rythme de la pluie
Qui parle d’un pays ouvert
A l’obscur jardin qui s’ennuie.

L’averse lente s’insinue
Jusqu’en la trame de l’instant
Où chaque ruisselet s’égoutte
Au même rythme que le temps
Et les murs silencieux écoutent,
Inlassable et régulier,
Le chant aux mille voix ténues
Venu d’océans oubliés
Que rien n’arrête ou n’atténue.

                               ***        

L'aventurier.




Je voyage en fauteuil râpé
Et en pantoufles confortables,
Correspondance en canapé
Pour un terminus invariable.

J’admire, mais en aparté,
Mon sens inné de l’aventure
Devant une tasse de thé
Qu’en connaisseur je bois nature.

Imaginez-vous l’émotion
Que recèlent ces paysages
De caractères d’impression
Qui défilent page après page ?

Je n’ai vraiment rien à envier
En hasards et péripéties
Aux autres grands aventuriers
Et j’ai bien plus de modestie.

                               ***            
           

vendredi 20 juillet 2018

Les amants et la mer.




La mer, abstraction de l’amour,
Dont l’horizon s’enfuit
Immense et changeant comme lui

Sait bien ce qu’il faut dire à celles
Que leur rêverie ensorcelle
Et son ressac fait un bruit sourd.


Vous qui promenez un cœur lourd
Sur la grève au soleil levant,
Vous qui rêvez avec le vent,

Belles, aux sables du rivage
Où passe l’ombre des nuages,
Écoutez à votre tour.


La mer en ses allers-retours
Vit autant de vaisseaux glorieux
Que de naufrages sous les cieux.

Bien des « amants » - cet terme est vague –
Ne sont pas, redit chaque vague,
Des capitaines au long cours.

                               ***