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dimanche 24 mai 2026

Un petit mot.

 


 

Écrire un petit mot cela ne coûte rien,

Je le fais volontiers mais à qui l’écrirais-je ?

Je pourrais y parler de tout ce qui me vient

A l’esprit aujourd’hui, mais à qui l’enverrais-je ?

 

J’écrivais volontiers, je crois qu’on me lisait

Avec plaisir. Il est passé le temps des lettres,

Et puis la nuit s’en vient et la nuit on se tait…

Comme Marot « Ah, si je pouvais deux fois naître » !

 

De quoi suis-je vraiment en train de vous parler ?

D’amour, comme faisait ce guilleret poète ?

Des regrets bien connus des roses d’un été ?

Voire d’une illusion ou serait-ce une dette ?

 

Mais à quoi bon chercher ? Pourquoi se tourmenter ?

C’est un accès fiévreux, c’est un trop plein de plume,

Le besoin qu’un cabot a de se raconter,

Sur un temps dépassé des réflexions posthumes.

 

jeudi 11 octobre 2018

Le bon mot.




Ce n’est pas tout, il faut conclure,
Ce serait mieux sur un bon mot,
Cela vous aurait de l’allure ;
Ce n’est pas tout, il faut conclure.

Les rimes sont une pelure,
Le sens en serait le noyau ;
Ce n’est pas tout, il faut conclure,
Ce serait mieux sur un bon mot.

                               ***       

lundi 12 février 2018

De bons mots.




Comme ils sont merveilleux
Tous ces mots du langage :
Les follets et les consciencieux,
Les impudiques et les sages,
Ceux qui vous bâtissent des murs,
Ceux qui vous tissent des nuages,
Les sombres, les laids et les purs,
Ceux qui possèdent deux visages,
Mots des serments et mots d’amour,
Ceux des jamais, ceux des peut-être,
Ceux des sermons, ceux des discours,
Ceux des escrocs et ceux des prêtres,
Ceux des adieux, ceux des toujours,
Et ceux qui disent la tendresse,
Qui mesurent le temps qui court
Et ceux que jamais rien ne presse !

                               ***

dimanche 11 février 2018

L'Avenir.




Ils furent dix mille et puis mille,
A la campagne comme en ville,
Ensuite plus que cent et combien donc demain ?
Demain, ils seront un.

Un pour lire et aimer, le même pour écrire,
Voire pour critiquer et l’écho pour en rire.
Après ? Plus rien. Ni peine pour vous assaillir,
Ni souvenir.

Ils furent dix mille et puis mille,
A la campagne comme en ville,
Ensuite plus que cent et combien donc demain ?
Demain, ils seront un.

Chacun ses propres mots et chacun son langage
Dont nul autre que lui ne pourra faire usage.
Bientôt l’esprit en berne et l’art -est-ce étonnant ?-
A l’avenant.

Ils furent dix mille et puis mille,
A la campagne comme en ville,
Ensuite plus que cent et combien donc demain ?
Demain, ils seront un.

Mais je m’en moque bien lorsque j’écris ces lignes,
Le temps que j’ai passé par ici me désigne
Pour laisser les soucis et voyager bientôt
L’âme en repos.

Ils furent dix mille et puis mille,
A la campagne comme en ville,
Ensuite plus que cent et combien donc demain ?
Demain, ils seront un.

En attendant, mot après mot, j’use et j’abuse,
Je trouve et je reprends, j’invente et je m’amuse.
Les bien-pensants en conçoivent-ils du dépit ?
Eh bien tant pis !

Ils furent dix mille et puis mille,
A la campagne comme en ville,
Ensuite plus que cent et combien donc demain ?
Demain, ils seront un.

                               ***                                                        

Note : la forme choisie pour ce texte est celle d’une chanson de Jean Antoine de Baïf (1532-1589) : « A la fraîcheur je voudrais or’… » que l’on peut lire dans : Chansons Françaises de la Renaissance. Édition de Georges Dottin – NRF – Poésie/Gallimard – 1991. P. 32-33.