vendredi 27 mars 2020

En de piteuses circonstances.



(Venise 1996.)

Passant le temps en de piteuses circonstances,
Faute de mieux j’observe un carrefour,
A force de les fixer tour à tour
En vain, les trottoirs changent d’apparence ;
En de piteuses circonstances.

Au pied des murs voici que dansent
L’image d’un fronton ou d’une tour,
D’un pont de marbre blanc, l’aube d’un jour
Sur des canaux d’ombre et de nonchalance,
En de piteuses circonstances.

Au bout de mon regard, là-bas, s’élance,
Couvert à quatre pans de cuivre lourd,
Dessus les hautains palais alentour,
Un campanile antique d’élégance,
En de piteuses circonstances.

Plus de trottoirs, de quartier, d’évidence...
Mirage vénitien, songe et recours,
Spectacle heureux et qui vous prend de court
Et vous émeut de tant de différences
En de piteuses circonstances.

                               ***

En attendant - Rondeau à l'ancienne.





En attendant le temps d’aimer
Je rêvais à m’en tourmenter
Au doux sourire de ma mie,
Heureux amants je vous envie
Car je vis des jours sans gaieté.

Mon cœur voudrait la visiter
Sans doute il n’y faut point compter,
Voilà qui m’arde[1] et qui m’ennuie,
En attendant.

On pourra bien me présenter
-Peut-être est-ce la vérité-
Que l’amour a toute la vie,
Quel amant peut s’en sustenter
En attendant ?

                               ***       


[1] Ardre : v., brûler, être en feu.