lundi 6 mai 2019

Le mécontent - 1830.



(Meung-sur-Loire: église St-Liphard.)

Après le plaisir des semailles
J’allais à la moisson serein,
Je n’ai récolté que la paille
D’autres ont profité du grain.

Au cycle des quatre saisons
C’est encor l’hiver qui m’emmène ;
Si j’en connaissais la raison
L’action remplacerait la peine !



(Meung-sur-Loire: église St-Liphard.)

Le temps de compter jusqu’à trois
Je vous inventerais la fête,
On ne parlerait plus de moi,
Comme en fait, en hochant la tête.

En vieillissant, c’est ma folie :
J’attends ; j’attends peut-être en vain,
Avec tant d’autres qu’on oublie,
Que vienne l’heure du regain.

                               ***        

Nocturne hivernal.





La nuit s’installe sur la ville
Où je promène encor mes pas
Rêvant à des choses futiles
Que ma rime ne retient pas.

Que ce soit branches ou brindilles,
L’Hiver a souligné de blanc
Les arbres qui doucement brillent
Le long des quais environnants.

Amour, dont les regards scintillent
Au panthéon d’un autre temps,
Entre vous et moi que de grilles,
Et que de verrous cliquetants !

Comme mes main sont malhabiles
Dans le froid où j’écris cela ;
Combien les mots sont inutiles
Au promeneur que je suis là.

                               ***

Impuissance.



(Meung-sur-Loire: clocher de l'église St-Liphard.)

Si je savais faire un rondeau
L’amour en serait la matière,
Je vous en ferais un très beau
Et dont vous pourriez être fière ;
Si je savais.

Mais ne sachant pas ce qu’il faut
Pour en suivre la règle entière
Mon poème est plein de défauts ;
Je n’ai pas l’art et la manière !

Si je peux bien y faire assaut
D’une obstination coutumière
C’est bien sûr que l’amour le vaut
Qui briserait toutes barrières
Si je savais faire un rondeau.

                               ***