jeudi 12 avril 2018

Toujours rien.




Un petit rien fait un poème,
Un grand amour, on le sait bien,
N’y parvient pas toujours de même ;
Un petit rien fait un poème.

Celui qu’aux quatre vents je sème
Pour vide qu’il soit me convient ;
Un petit rien fait un poème,
Sans grand amour, comme on voit bien.

Mais sans amour, sans autre thème,
Dites-moi donc ce qu’il contient ?
Pas plus qu’un repas de carême,
C’est autant dire à peu près rien
Ce rien qui vous donne un poème
Non sans amour de faire bien.

                               ***

Au passage.



(La Petite France - Strasbourg.)

Beaucoup de ceux que j’aimais bien
S’en sont allés je ne sais où ;
Mes jours s’en vont, l’âge s’en vient ;
Où sont tous ceux que j’aimais bien ?

Être, penser, vivre… après tout,
On comprend que ce n’est pas rien ;
Qu’y faire ensuite ? Rien du tout ;
Il faut prendre ce qui nous vient
Et puis aller je ne sais où.

On en a fait mille poèmes,
On en a fait mille chansons,
Un peu pour rien mais tout de même…
Allons ! puisqu’il le faut, passons
Comme ont passé autour de nous
Ceux qui nous semblaient gens de bien,
Ceux qui nous semblaient des voyous,
Beaucoup de ceux qu’on aimait bien,
Pour s’en aller je ne sais où.

                               ***

mardi 10 avril 2018

Balade des trois mois de printemps ou du paresseux.




Au mois d’Avril courant les rues
Il fait bon rêver et bailler
Aux corneilles et, l’âme émue
De tant de douceur, sommeiller,
D’autant que la nuit diminue .
« Et tes projets ? » s’en vient railler
Ma Conscience, sans retenue,
Car il ne faut que travailler.

Au Mai des amours inconnues,
Qui ne désire s’égayer
De leurs vérités toutes nues ?
Allons, c’est bien mal babiller,
Ma rime et ma plume déçue
S’en va d’un coup te retailler
Tant elle est de Morale imbue,
Car il ne faut que travailler.

En Juin, de toutes fleurs issues
Et de tant de fruits octroyés,
Quelle brise s’en est venue
En souriant me conseiller
D’en profiter - à voix ténue,
Craignant de se voir foudroyer
Par le Devoir pour sa bévue - ?
Car il ne faut que travailler.

Douce Dame au plus haut des nues,
Ô Paresse, j’ai beau prier
Je n’ai que des déconvenues
Car il ne faut que travailler.

                               ***