dimanche 19 janvier 2020

Il s'en allait...



(Strasbourg -Quai des Bateliers.)

A grandes enjambées, à petits pas,
Tout uniment ou bien cahin-caha,
L’esprit joyeux ou bien mélancolique,
Le cœur lourd ou léger, à l’identique,
Il s’en allait, mendiant, prince à défaut,
Libre en tous cas, chantonnant à mi-mots.
L’or d’une chevalière au doigt, baroque,
Mais sur le dos un vieux manteau en loques,
Une canne au pommeau d’argent niellé
Et des trous à chacun de ses souliers,
Il s’en allait, comme s’en vont sans âge,
Sans but, le vent, l’averse et le nuage ;
Il s’en allait comme s’en va le temps
Et puis l’Histoire et les évènements,
Comme la strophe avec la mélodie,
Comme s’en va le monde avec la vie…

                               ***    

   

En quatre.




A la cruche de cuivre aux reflets chaleureux,
Que depuis cinquante ans au même endroit j’admire,
Je dédie un quatrain, elle en vaudrait bien deux
Mais les vers du second resteront à écrire.

Au vieux vase pansu qu’on dit être « chinois »
Et qui sait me parler du temps de ma grand-mère
J’offre un autre quatrain, sans doute « terre à terre »
Mais rempli d’émotion ainsi que chacun voit.

A ce meuble rustique, à ma première armoire,
Témoin de mes débuts et d’un premier foyer,
J’offre encore un quatrain à défaut d’autre gloire,
Et je l’affirme ici : « Non je n’ai rien oublié. »

Ainsi ces trois objets au dernier me conduise
Pour un quatrain final, celui qui me permet
D’achever aujourd’hui la page d’un carnet
Où mon inspiration, déjà courte, s’épuise.

                        ***

vendredi 17 janvier 2020

C'est une fable...




Je sais quelque chat angora
De charmante fourrure,
Preste, assuré, de grande allure
Qui se rêvait en lion et l’on verra,
Si l’on m’écoute,
Ce qu’il en arriva.
Le début de la route
Ne lui coûta
Guère : il était beau parleur.
Linottes et moineaux
Lui virent, j’en ai peur,
La crinière qu’il faut
Pour prétendre au courage,
A la force, au lignage.
Parmi la gent souris ou le peuple des rats,
Qui le voyait bien chat,
Il se dit qu’à tout prendre
Il valait mieux -quelle illusion !-
Mettre au pouvoir un chat qu’un lion.
Ce que dirent les bœufs,
Ce que firent les ânes
Vaut autant ou si peu ;
L’aveuglement des sots les juge et les condamne.
Du chat on fit un roi,
Linottes et moineaux, souris et rats,
Tous, il les dévora,
Il asservit les bœufs,
Il ennoblit les ânes
Et il régna si vieux
Que de nos jours encor je crois qu’il se pavane.

                               ***