dimanche 19 janvier 2020

En quatre.




A la cruche de cuivre aux reflets chaleureux,
Que depuis cinquante ans au même endroit j’admire,
Je dédie un quatrain, elle en vaudrait bien deux
Mais les vers du second resteront à écrire.

Au vieux vase pansu qu’on dit être « chinois »
Et qui sait me parler du temps de ma grand-mère
J’offre un autre quatrain, sans doute « terre à terre »
Mais rempli d’émotion ainsi que chacun voit.

A ce meuble rustique, à ma première armoire,
Témoin de mes débuts et d’un premier foyer,
J’offre encore un quatrain à défaut d’autre gloire,
Et je l’affirme ici : « Non je n’ai rien oublié. »

Ainsi ces trois objets au dernier me conduise
Pour un quatrain final, celui qui me permet
D’achever aujourd’hui la page d’un carnet
Où mon inspiration, déjà courte, s’épuise.

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vendredi 17 janvier 2020

C'est une fable...




Je sais quelque chat angora
De charmante fourrure,
Preste, assuré, de grande allure
Qui se rêvait en lion et l’on verra,
Si l’on m’écoute,
Ce qu’il en arriva.
Le début de la route
Ne lui coûta
Guère : il était beau parleur.
Linottes et moineaux
Lui virent, j’en ai peur,
La crinière qu’il faut
Pour prétendre au courage,
A la force, au lignage.
Parmi la gent souris ou le peuple des rats,
Qui le voyait bien chat,
Il se dit qu’à tout prendre
Il valait mieux -quelle illusion !-
Mettre au pouvoir un chat qu’un lion.
Ce que dirent les bœufs,
Ce que firent les ânes
Vaut autant ou si peu ;
L’aveuglement des sots les juge et les condamne.
Du chat on fit un roi,
Linottes et moineaux, souris et rats,
Tous, il les dévora,
Il asservit les bœufs,
Il ennoblit les ânes
Et il régna si vieux
Que de nos jours encor je crois qu’il se pavane.

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jeudi 16 janvier 2020

Aphorisme.



(Cathédrale de Chartres.)

Quand vous vivez sans mal, nous souffrons mille maux,
Nous vous interrogeons et comme tout bon prince
Vous nous la baillez belle et payez en bons mots :
Nos chances d’obtenir plus que cela sont minces.

Mais nous savons ces choses-là de père en fils :
Les hommes de pouvoir restent toujours les mêmes ;
Que dessus les drapeaux on ait ou non des lys
C’est eux d’abord, eux seuls, et nul autre qu’ils aiment.

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