jeudi 20 septembre 2018

Baroque.




Ces mots à qui les veut,
Ce sont les perles vaines,
Les émaux obscurcis
De ces dieux indécis,
Panthéon de la gêne
Qu’on honore de peu.

Verbe des escarbilles
Que disperse le vent
Au milieu de sa course,
Sable toujours mouvant
Où se perd toute source,
C’est en vain que tu brilles.

Cendres des diamants,
Flamboyante richesse,
Que vaut ce qui ne laisse
Rien en se consumant ?

                               ***       

mercredi 19 septembre 2018

Simplicité.




Un poème peut bien s’écrire
Avec les mots de tous les jours,
leurs soucis ou leurs sourires,
Et je ne sais quoi de moins lourd,
De plus simple et de plus facile
Qui manque aux grands vers trop sérieux.
On peut au lieu de « campanile »
Dire « clocher », n'est-ce pas mieux ?
On peut « descendre dans la rue
Pour s’y promener un moment »
De préférence à « l’âme émue
Errer mélancoliquement
Aux carrefours d’indifférence
D’une grande ville d’absents… »
Et « quand des amoureux s’embrassent
A corps et bouche que veux tu
On peut rêver d’être à leur place
Ni moins ardent ni plus vêtu »
Plutôt que « de songer aux flammes 
Éteintes d’un désir ancien
Dont les cendres, à vous Madame,
Tout comme à moi, ne sont plus rien ».

                               ***

mardi 18 septembre 2018

Les vagues oubliées.




Jamais muette ou rassasiée
La mer des vagues oubliées
Brasse la houle du passé ;
Encore est-il jamais assez ?

Elle abandonne au long des plages,
Vestiges des anciens naufrages,
Quelques mots d’une lettre ou bien
Un nom qui ne vous dit plus rien,

La poussière d’un temps qui n’ose
Plus rêver à de grandes choses,
Les pleins et les déliés ternis
D’histoires aux cahiers jaunis,

La cendre et le charbon sans gloire
De tant de passions dérisoires ;
« Encore », ai-je dit et combien ?
Le flot s’en va, le flot revient.

                               ***