mardi 30 novembre 2021

Froidure.

 

 


 

L’hiver vêtu de bure grise

Avec la coule au ras des yeux

Déambule en terre promise :

C’est alentour et autres lieux.

 

Quant à l’été de l’alouette,

Quant au printemps du rossignol,

Si j’en rêve c’est sous la couette,

Bonnet en tête, écharpe au col.

 

Un vent à vilaine figure,

Comme une lame de couteau,

En parcourant ma rue assure

Qu’il m’écorcherait bien la peau.

 

Au fond d’un lit je n’en ai cure

Mais qu’on m’apporte un édredon

Et encore une couverture :

La prudence est un heureux don.

 

En ce moment le duvet compte

Plus que la plume entre mes doigts,

Je m’y tapis ; est-ce une honte

En novembre que d’avoir froid ?

 

                               ***

Boucle.

 

 


 

L’obscurité de l’aube dissimulait un chemin de Damas que je cherchais en vain. J’allais à l’aventure.

De temps en temps un arbre dépouillé émergeait pudiquement de la platitude grisâtre du matin et s’approchait. Je flattais son tronc de ma main et je continuais ma route.

Routiers et spadassins sont des gens simples à qui la sensibilité coûte. J’allais bon train.

Je traversais des villages qui s’effilochaient, indistincts, et le brouillard dormait dans les jardins.

Je ne rencontrai pas midi mais l’après-midi vint, monotonement plate, les yeux lourds de reflets de marais et de steppes sans fin.

Aucun silence, ici ou là, ne me retint.

Je méditais un soir couleur d’ambre sous un ciel lie-de-vin.

Je me hâtais d’y parvenir où j’étais ce matin.

 

                               ***

jeudi 18 mars 2021

Vieux-Nice.

 

 


 

Dans les ruelles du Vieux-Nice

S’en reviennent tranquillement

Ces mots que je vais murmurant

Comme une chanson que l’on bisse.

 

Qui trouvera ces vers simplets

Et l’air un peu passé de mode ?

Les ombres, que le soleil brode

Au fil d’or, aiment ces couplets

Car ils sont nés dans la fournaise

D’un grenier, au bout de l’été,

Où quelque amour en liberté

Pouvait rêver tout à son aise.

 

Sur les pavés irréguliers

C’est bien l’été des retrouvailles

Où les façades emmuraillent

Dans les midis en pointillé

Le calme des fraîcheurs obscures.

 

Dans une cour, trois mots chantants

Et ce refrain en même temps

Entre fenêtres et toitures…

Un refrain cent fois répété

Dans la gaieté de l’aventure

Pour l’amour qui, je te l’assure,

Ne cesse jamais d’exister.

 

Sainte Reparate est si fraîche

Mais sombre aux yeux ensoleillés

Où le même sourire a brillé ;

Non, je ne crois pas que l’on pêche

En chantonnant parfois à deux…

 

Et dehors midi continue

A poursuivre l’ombre des rues

De son inextinguible feu.

 

                               ***