lundi 7 décembre 2020

Sachez entendre.

 

 

Si l’amour n’en fait qu’à sa tête,

A faire l’ange on fait la bête ;

Sachant comment finit la fête

Qu’elle soit aperte ou secrète,

Quand on est sage qu’on s’apprête

A la quitter : sot qui s’entête !

 

Je sais, je dis, sachez entendre,

Prenez ce qui se pourra prendre,

Après la flamme vient la cendre.

 

Profitez des beaux jours d’été,

Fruits de jeunesse et de beauté,

Libres dons de  prospérité,

Souvenez-vous qu’ils sont comptés

Et qu’on ne peut les arrêter

Ou bien les mettre de côté.

 

Je sais, je dis, sachez entendre,

Prenez ce qui se pourra prendre,

Après la flamme vient la cendre.

 

Qu’il vienne un premier jour d’automne,

J’en vois bien trop qui s’en étonnent,

Ce temps promet plus qu’il ne donne.

Dites-moi pourquoi je raisonne,

Pourquoi j’avertis et sermonne

Puisque à la fin le temps ordonne ?

 

Je sais, je dis, sachez entendre,

Prenez ce qui se pourra prendre,

Après la flamme vient la cendre.

 

                               ***


 

samedi 28 novembre 2020

Hôtel de la Vie-Avant.

 

 


Ils traversent tous les matins

En arpentant leurs habitudes,

Ils n’ont pas changé d’attitude,

Leur regard n’est pas plus éteint.

Trouvent-ils que la vie est belle

Tant que l’on peut dire : « moi, je » ?

Liberté de polichinelles

Qu’on manipule comme on veut.

 

L’automne suit ses feuilles mortes,

Ses nuages suivent le vent,

A l’hôtel de la Vie-Avant

Était une serveuse accorte

Le pain doré de nos moissons

Et le vin des belles années ;

Eux mangeront un pain de son

Dans leurs vignes abandonnées.

 

C’est ainsi que passe le temps,

C’est ainsi que changent les choses ;

Que l’on soit le chêne ou la rose

On ne choisit pas son moment.

 

                               ***

mercredi 25 novembre 2020

Le paresseux.

 


Le brouillard, ce matin, met l’horizon

Guère plus loin que le bord du balcon ;

Le monde est aussi gris que les façades

Grises dans ce jour gris, froid et maussade.

 

Je vais laisser à de plus délurés

Le soin de ranimer le feu sacré,

Pour moi, devant un pareil paysage,

Mon lit vaut mieux que tous les bavardages.

 

Très bon courage aux fantômes qu’on voit

Glisser, pressés, je ne sais trop pourquoi,

Sur les trottoirs d’une ville incertaine

Et qui semblent autant d’âmes en peine.

 

A moi, dans ce demi-jour assassin,

Mon édredon avec mon traversin,

Mon oreiller et puis mes couvertures

Et à qui le voudra : « bonne aventure ! »

 

                ***