mercredi 3 avril 2019

Les corbeaux du parc.




Voici dans les allées venir le crépuscule,
La rue bientôt se tait et l’ombre s’épaissit ;
Sur un banc, solitaire, un homme s’est assis,
Près du kiosque désert deux enfants gesticulent.

Dans le jardin public un passant déambule
Qui s’en va silencieux et discret lui aussi ;
L’homme assis sur son banc croit avoir réussi
A retrouver le calme et sourit, incrédule.

C’est alors que débute au plus haut du feuillage
L’inharmonieux concert qu’en leur rauque langage
Offrent au soir qui vient d’innombrables corbeaux !

Et sous le ciel pâli, dans le jour qui décline,
Chacun se prend à fuir en maudissant l’écho
De ces chants enroués qui s'enflent et s’obstinent.

                               ***

lundi 1 avril 2019

La Loire au printemps.




En ce mois de printemps la Loire va rapide,
Par les vergers fleuris, par les forêts humides,
Dessous les murs de Blois, sous les clochers de Tours,
Scintillante au soleil qui termine ce jour.

Une douce lumière aimée des vieux poètes
Rappelle un souvenir de chansons et de fêtes,
Accrochant à l’ardoise au sommet des vieux toits
Un éclair miroitant plus joyeux qu’autrefois.

Et le vent s’est fait doux et la plaine est tranquille,
L’ombre vient souligner les remparts de la ville,
La turquoise au lointain dans le ciel transparent
Emporte le vol lent de trois corbeaux errants.

Je ne sais ce qui vient et je vois ce qui passe,
N’ai-je pas entendu les trompes d’une chasse,
La meute piétinante et ses furieux abois,
Le doux rythme d’un vers que chantait une voix ?

Mais le soir va tomber sur le château d’Amboise,
Sur Loches en ses murs que le vieux donjon toise,
Pour que le flot murmure en ses bords étonnés
L’écho s’affaiblissant de mes vers surannés.

                               ***

1587 - Adresse d'un "mignon" au roi Henri III.




Sire le Roi, faites taire les Guise,
Ces ambitieux, qui sont autant d’Église
Que je suis, moi, dégoûté du canon !
Un mot de vous, Joyeuse[1] ou d’Epernon[2],
Nous tous ici nous leur ferons connaître
Que de vous seul le Roi suivant peut naître.
Madame votre mère[3] aime trop finasser
Mais les lorrains[4] n’auront jamais assez,
Quant au pouvoir, à moins d’une couronne,
La vôtre Sire, ou celle de personne !
La religion anime l’Espagnol[5],
Christ,  à ceux-là[6], ne coûte pas un sol,
Il en rapporte et dans toute la Ligue[7]
Chacun voudrait vous voir danser la gigue.
Sire le Roi, le duc[8], le cardinal[9]
Sont tous les deux cause de notre mal,
Il est grand temps de pourvoir au remède :
Ce sont nos bras qu’un Dieu juste précède.

                               ***       


[1] Anne de Joyeuse : 1560-1587, l’un des « archi-mignons » d’Henri III. Tué à la tête des troupes royales à la bataille de Coutras livrée contre le futur Henri IV.
[2] Jean-Louis de Nogaret, duc d’Epernon : 1554-1642, le second des « archi-mignons », il ralliera Henri IV à la mort de son prédécesseur.
[3] Catherine de Médicis : 1519-1589, sa diplomatie constitua longtemps en la recherche d’un savant équilibre entre la Ligue catholique et les réformés.
[4] Les Guise sont une branche cadette de la famille régnante de Lorraine.
[5] Le roi d’Espagne, Philippe II, dont les subsides et les troupes après l’exécution des Guise à Blois en 1588, soutiendront la Ligue.
[6] Les Guise.
[7] La Ligue : la Ligue Catholique ou la Sainte Ligue, parti dont la formation en 1576 est largement soutenue voire suscitée par la maison de Guise pour s’opposer aux protestants comme  à Henri III.
[8] Le duc Henri Ier, 3è duc de Guise, surnommé « le Balafré » (en raison de la cicatrice d’une blessure reçue à la joue gauche), exécuté sur l’ordre d’Henri III à l’occasion des États Généraux de Blois en 1588.
[9] Le cardinal de Lorraine, Louis de Guise, 1555-1588, frère du précédent et qui connut le même sort.