jeudi 8 novembre 2018

La brume.




La brume a posé des murs gris
Partout entre le tronc des arbres,
Il fait humide et le jour est surpris,
Au seuil de la froideur du marbre.

Dessus la pierre des balcons
Aux quatre coins ornés de mousse,
Une heure passe, octobre est long
En ses allées de feuilles rousses.

Dans le jour triste d’un matin,
Le brouillard monte et les mots s’éparpillent
Comme les feuilles à leur fin
Sur des trottoirs où rien ne brille.

                               ***

Chanson en noir et blanc.




Au long des quais fardés,
Noirs des troncs dénudés
Sur le blanc de la neige :

L’hiver a son solfège,
Le refrain des corbeaux
Pensifs au bord de l’eau
Ou celui des mouettes
Qui s’envolent inquiètes.

Qui s’envolent inquiètes
Écorchant de leur cri,
Mille et cent fois repris,
Des rives immobiles
Aux reflets inutiles.

                               ***

La Guerre des Paysans (1524-1526).




La nuit finit, l’aube est prochaine,
Nous allons mettre sac au dos
Afin de partir aussitôt,
Chantant cette vieille rengaine :
Brisez les chaînes !

Le silence alourdit la peine,
Voyons ce que le geste vaut,
Dame, il y faut bien ce qu’il faut ;
Maintenant que la coupe est pleine
Brisez les chaînes !

Assez de crainte, assez de gêne,
Chacun sa part, chacun son lot,
Debout les gueux, debout rustauds,
La lame brille hors de sa gaine ;
Brisez les chaînes !

Les moutons garderont la laine
Qu’on veut leur tondre sur le dos ;
A grands coups de piques s’il faut
Et la bataille pour étrennes :
Brisez les chaînes !

Qu’ils regardent ce qui nous mène,
Nos droits et ce pays si beau
Qu’on emmène à nos godillots
Et qu’ils en prennent de la graine :
Brisez les chaînes !

                               ***