mercredi 29 janvier 2020

Cinq heures l'après-midi.




Cinq heures de l’après-midi,
Mon balcon, le ciel sur la ville
Et ce chant d’oiseau qui redit
L’été joyeux, l’été futile,
Les jours heureux, les jours qui vont
Danser, légers, au bras des rues
Quand le crépuscule se fond
Aux ombres ternes des statues.

J’ai dit aux lys enfin éclos
Dans le terreau des jardinières
Après tant de mois de repos :
« Vos fleurs sont autant de lumières
En contrepoint de ces murs gris
Qui regardent tous en arrière
D’innombrables hivers aigris
Au miroir triste des gouttières ».

« Croissez, chatoyants de couleurs,
Et multipliez les nuances,
De même, poussez en hauteur,
Vous savez bien quelle importance
Pour les sans-jardins ont les fleurs,
Et que l’été soit abondance
Des balcons jusqu’au fond des cours
Quoique ils ne soient guère faits pour. »

                        ***

mardi 28 janvier 2020

"Conversation."



(Venise - Palais des Doges: détail.)

L’Ogre dit au Petit-Poucet :
« Mon cher dis-moi, si tu le sais,
Ce que nous faisons dans ces pages
Où l’auteur s’admire en habit. »
« Je n’en sais trop rien mais je gage
-Répondit ce grand personnage-
Que nous lui servons d’alibi. »

« Voyons, quelque soit le passage,
L’on entend parler que de lui !
En commençant son badinage
Je vois bien qu’il nous nomme et puis
Plus rien. Cela frise l’outrage ! »
« Il peut parler tant qu’il lui plaît
De lui, c’est nous qu’on reconnait. »

Certes ! D’ailleurs je m’y résigne,
Vous seuls avez quelque crédit
Dans les vers, pourtant mes amis,
A la fin c’est moi qui les signe…

                               ***

Quatre mots.




Quatre mots vous diront la pluie,
Non, je n’avais guère le choix,
Quoique j’écrive je m’ennuie
Et le temps traîne autour de moi ;
Quatre mots vous diront la pluie.

Gris de l’ardoise et noir de suie,
C’est une averse à chaque fois,
Une tristesse à bout de toit,
Des larmes que le vent essuie…
Quatre mots vous diront la pluie
Mais je n’avais, de vous à moi,
Guère le choix.

                               ***