mardi 11 novembre 2025

L'eau qui dort.


 

De ville en ville -il en est maintes-

La rivière est une eau restreinte

Qui court où je voudrais aller :

La rive où le vent est salé

Aux bords ébréchés de la terre

Où demain ressemble à naguère.

 

C’est en marchant le long des quais

Que j’y repense et puis me tais.

 

Passe un bateau de promenade,

La rivière est sans incartades,

Sans facéties, sans horizon

Entre ses deux rangs de maisons,

Et tout ce qu’au loin elle emporte

Ce ne sont que des feuilles mortes.

 

C’est en marchant le long des quais

Que j’y repense et puis me tais.

 

La rivière est une eau qui dort,

Calme et contente de son sort ;

De ciel et de reflets vêtue,

Les arches des ponts la salue

Et moi j’ajoute -où t’en vas-tu ?-

En rêvant mon rêve têtu.

 

C’est en marchant le long des quais

Que j’y repense et puis me tais.

 

Une vie en ville amarrée,

Manque une voile à la marée..

Les trottoirs sont bien démunis

Des mots qui disent l’infini

Emprès[1] la rivière emportée

Vers l’estuaire et la jetée.

 

 C’est en marchant le long des quais

Que j’y repense et puis me tais.



[1] Emprès : archaïsme pour auprès de.

samedi 8 novembre 2025

Renaître.

  

C’est une route quelque part

Qui ne dit plus rien à personne,

Une image prise au hasard

Dans la mémoire qui s’étonne.

 

Ce beau ciel dit la liberté

A grand renfort de mots-nuages

Que les champs soulignent d’été

Et tous en chœur parlent voyage.

 

Une colline tout au bout

Et quelques maisons d’un village,

Est-ce, en voiture avec vous,

L’amour en plus du paysage ?

 

J’y pense et je me dis que si,

Que cependant et que peut-être,

Qu’une belle rime est « renaître »…

Pourquoi donc suis-je encore assis ?


 

mercredi 5 novembre 2025

Début et fin.


 

Tilleuls d’orfèvrerie et dorés à la feuille,

Araucarias grenat, rubescence d’érables

Dispensent sans compter leurs trésors périssables

Au soleil d’un matin qu’un soir mauvais endeuille.

 

Et l’aube que salue un vague lendemain

N’est plus que d’arbres noirs, de tristesse et de deuil

Auxquels tout rimailleur pourtant fait bon accueil

Tout comme je le fais et signe de ma main.

 

Les marronniers des quais ont perdu leurs tons fauves,

Les cieux sont d’un lavis de gris, comme la vie,

Déjà la pluie en ville au bout des jours s’ennuie,

Le vent aussi. Les marronniers des quais sont chauves.

 

L’automne en ritournelle aux accents de saison

Imprègne tant soit peu les poèmes qu’on faits

Nostalgiques, bien sûr ; ce n’est pas sans raison

Et à bien réfléchir, c’est du meilleur effet.