mardi 28 janvier 2020

"Conversation."



(Venise - Palais des Doges: détail.)

L’Ogre dit au Petit-Poucet :
« Mon cher dis-moi, si tu le sais,
Ce que nous faisons dans ces pages
Où l’auteur s’admire en habit. »
« Je n’en sais trop rien mais je gage
-Répondit ce grand personnage-
Que nous lui servons d’alibi. »

« Voyons, quelque soit le passage,
L’on entend parler que de lui !
En commençant son badinage
Je vois bien qu’il nous nomme et puis
Plus rien. Cela frise l’outrage ! »
« Il peut parler tant qu’il lui plaît
De lui, c’est nous qu’on reconnait. »

Certes ! D’ailleurs je m’y résigne,
Vous seuls avez quelque crédit
Dans les vers, pourtant mes amis,
A la fin c’est moi qui les signe…

                               ***

Quatre mots.




Quatre mots vous diront la pluie,
Non, je n’avais guère le choix,
Quoique j’écrive je m’ennuie
Et le temps traîne autour de moi ;
Quatre mots vous diront la pluie.

Gris de l’ardoise et noir de suie,
C’est une averse à chaque fois,
Une tristesse à bout de toit,
Des larmes que le vent essuie…
Quatre mots vous diront la pluie
Mais je n’avais, de vous à moi,
Guère le choix.

                               ***

dimanche 26 janvier 2020

L'arc-en-ciel.



(Plage de Guidel - Bretagne.)

Le faix pesant de mon passé
Fléchit mon présent en arrière
Et je trébuche à la lumière
Des jours de longtemps délaissés.

De la saison des canicules
J’espère un orage de feu
Qui, sauvage, balaye et brûle
De ce qui fut, tout ce qu’il peut.

J’espère en la rivière en crue
Qu’elle charrie en son torrent
De noir oubli, les choses vues
Que je m’en vais remémorant

Et je guette la survenue
Pour ce qu’il reste d’essentiel
En cette existence têtue
De l’immense arc-en-ciel.

                        ***