samedi 7 mars 2020

"Ce."




Cette résurrection d’une mémoire morte,
Jeunesse et renouveau de quel ancien charnier,
Il demeure, -et chez qui ? par qui donc réveillé ?-
Derrière une fenêtre ou derrière une porte,
Comme un fragment de nuit qu’on voudrait oublier.

Et qui sait donc où va ce qui vient de la sorte,
Affublé de ce nom qu’on n’ose publier,
Assassin cauteleux aux mille routes tortes,
Qui trouve le chemin du plus petit foyer
Comme du plus puissant et tous deux les emporte.

Pourquoi donc ce frisson que l’on voit s’associer
En cachette au discours de ceux qui nous exhortent ?
C’est que cet ennemi se moque des guerriers,
Il abat l’âme faible aussi bien que la forte.

Et pourquoi ce refus enfin de signifier
A tous que l’avenir n’a rien qui réconforte,
Pourquoi suivre leur rite et pourquoi m’y plier ?
Pourquoi ce petit mot sous ma plume si leste ?
« Ce », pour ne pas écrire à la place « la peste[1] » ?

                               ***       


[1] Au moyen-âge tout épisode épidémique, quel que soit son agent infectieux, est qualifié de « peste » (aujourd’hui ce terme est réservé à l’infection due à la bactérie Yersinia Pestis, agent de LA peste.)

vendredi 6 mars 2020

Chanson technique.





Il faudrait encore inventer
Un vers à chantonner
Qu’à peine la rime travaille,
Où les mots viendraient paresseux
Quand bon leur semble
-Quelles canailles !- 
Un vers qui saurait trotter l’amble[1]
Aussi bien qu’aller au galop
Et dire parfois des bêtises
Sans en dire jamais de trop,
Un vers fugace
Vêtu de brise
Où tant d’inflexions passent,
Un vers enfin
Qui vaudrait ce que vaut
La mauvaise herbe des jardins
Qu’on ne prend jamais en défaut.

                               ***


[1] Amble : n.m. définition du CNRTL : « Allure naturelle ou acquise d'un quadrupède, entre le pas et le trot, consistant à avancer en levant alternativement les deux jambes d'un même côté » voir : https://www.cnrtl.fr/definition/amble