vendredi 21 février 2020

Trop cher payé...



(Cathédrale de Strasbourg.)

Écume des jours, écume du temps
Et pacotille de l’instant,
Ce qui prétend, ce qui figure,
Ce qui ne compte ni ne dure,
A quoi pourtant
Vous tenez tant…

Ce qui n’est que superficiel autant
Que passager et inconstant,
Et l’éphémère et la vêture,
La prétention et la posture,
A quoi prétend,
Impénitent,

Votre cœur épris de la mode ;
Qu’est-ce donc que l’on s’accommode
De le payer un si haut prix ?
Vous devriez l’avoir appris :
Encor, toujours et maintenant,
L’écume des jours, l’écume du temps.

                               ***       

jeudi 20 février 2020

Sonnet CXVIII du Canzoniere de Pétrarque.



(Cathédrale de Sienne.)

De mes gémissements seize années ont passé,
Je m’en vais au-devant de la toute dernière
Me croyant dans ma peine en la toute première
Où mon cruel tourment soudain a commencé.

Souffrant d’aimer, le poids des jours vient me lasser
Et, craignant qu’avant moi, le Sort, sourd aux prières,
Ne la fasse descendre au séjour sans lumière,
Je voudrais de mon temps voir le terme avancé.

Hélas, je rêve ici d’une toute autre place
Où, de tout mon pouvoir, je m’en veux retourner
Mais je n’y parviens pas quoique je tente ou fasse.

Ce que je suis-je ne l’ai pas abandonné,
Fruits du même désir, mes larmes sont pareilles
A celles d’autrefois que le même chagrin réveille.

                               ***     

Note:  

Francesco Petrarca (1304-1374), poète toscan, rassembla les poèmes qu’il écrivit dans sa jeunesse pour Laure de Noves sous ce titre de « Canzoniere «  (Chansonnier). Le présent texte est élaboré (mis en vers) à partir du volume Canzoniere – Pétrarque – Poésie/Gallimard – 1983. Traduction du comte Ferdinand L. de Gramont.