mardi 13 janvier 2026

Grisaille et gloutons.


Poème alambiqué des grisailles d’hiver

Aux bons soins des corbeaux, cette bruyante engeance

De mes après-midis – seul moment où je pense,

A moins que je n’écrive et ne fasse des vers -.

 

Ma fenêtre est-ce un restaurant à ciel ouvert ?

Miettes de la ville aux hivers d’abondance

Dont ces oiseaux gloutons se remplissent la panse,

Qui leur a mis la nappe et dressé le couvert ?

 

Freux, corbeaux et choucas tout comme vous, corneilles,

Zélés compositeurs de chansons sans pareilles,

Allez donc me chanter janvier un peu plus loin !

 

Allez fanfaronner aux clochers des églises,

Les jardins silencieux ont de vous grand besoin :

Laissez-moi seul ici raconter des sottises !

 


vendredi 9 janvier 2026

Légende.


 

 

Sur mon chemin tombe la neige

Dont les mystères impunis,

Aux bois en l’hiver démunis,

Donnent parure et sortilèges.

La tour en ruine du château

D’un chevalier-brigand pendu

Par le bailli de Haguenau

Est un refuge malvenu

Mais c’est un refuge quand-même

Alors que le jour gris décline.

Dans le vent glacial qui se lève

Est-ce une plainte qu’on devine ?

Ces lieux, dit-on, ne sont pas sûrs,

La route ignore les calvaires

La ville est loin, que puis-je faire ?

Au moins à l’abri de ces murs

J’essaierai d’allumer un feu

Et pour me rassurer un peu

Je chanterai -mais pas trop fort- 

Car je suis un minnesänger,

En France on dirait un « trouvère ».


« En l’hiver quinze cent est mort

Un musicien en ce lieu-ci,

Le cou, comme son luth, brisé,

Priez pour lui vous qui passez. »

Voilà ce que l’on trouve écrit

En ancien gothique allemand,

Mais qu’on lit encor maintenant

Sur une stèle de gré rose

Qui dans cette ruine repose

Tout près d’un chemin forestier.

Au cours d’une balade à pied,

Un jour très froid d’un hiver gris,

J'ai pu lire ce qu’elle dit.

Interrogés, les gens du cru

Ne m’en ont guère plus appris

Ou je ne les ai pas trop crus...