lundi 8 janvier 2018

En souvenir de Gérard de Nerval.





L’inconsolé, le veuf[1], un beau soir me l’ont dit :
La folie fit le rêve et Nerval se pendit.
Les mots peuvent mener le meilleur à sa perte,
Ce sont de grands outils même en des mains expertes ;
Prends garde à la musique envoûtante des vers,
La chimère a des dents, la scène a son envers,
On voit en filigrane en l’amour des étoiles
La tombe que demain, en souriant, dévoile ;
Sur l’étrange chemin tant de roses l’ont dit :
La folie fit le rêve et Nerval se pendit.

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[1] « El desdichado » (Le Déshérité), l’un des sonnets les plus connus des Chimères de Gérard de Nerval commence par ces mots : « Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé… »

vendredi 5 janvier 2018

Plus tard.




Je verrai ce moment où mes vers sans façon
Viendront se promener au fil des longues heures
Oublieux du labeur et de toute leçon
Pour se moquer du temps où nul mot ne demeure.

Comme ils seront joyeux, moi l’on me verra gai
Comme l’étang gelé qu’un vent d’Avril effleure,
Comme un sous-bois d’hiver au parfum du muguet
Et des rimes naîtront qu’aucun destin n’apeure
Pour se moquer du temps où nul mot ne demeure.

Moi qui promet cela, je ne resterai point
Mais avant que le vent disperse ma poussière,
A m’amuser ainsi j’aurai mis tout mon soin
Et j’aurai profité au moins de  la lumière.

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