jeudi 17 novembre 2011

Le Pont.



Franchirez-vous le gué, passerez-vous le pont ?
Je suis de ce côté de la vive rivière
Où la campagne est belle et vaste l'horizon,
Où même les forêts sont baignées de lumière;
Franchirez-vous le gué, passerez-vous le pont ?

Ou vous en irez-vous, comme d'autres s'en vont,
Sur la route infertile et sous un ciel austère
D'aigres matins frileux en soirs tristes et longs
Pour amasser de l'ombre et cultiver la pierre ?
Franchirez-vous le gué, passerez-vous le pont ?


Au pays indigent où rire est un affront
Vous avez vu combien aimer est chose amère,
La loi que l'on y sème au hasard des sillons
Ne produira jamais de jardins sur vos terres,
Vous y verrez toujours l'ortie et le chardon.
Franchirez-vous le gué, passerez-vous le pont ?


On trouve sur ma rive et en chaque saison,
La fleur qui pousse au cœur de ces âmes altières
Qui ne séparent pas l'amour et la raison
Et cette liberté qui sait tant de prières,
Il n'est que quelques pas, le chemin n'est pas long;
Franchirez-vous le gué, passerez-vous le pont ?

                         ***

Onze Novembre.


Ma barbe de huit jours me dévore les joues
Où la crasse d'un mois achève de sûrir;
Le cessez-le-feu sonne et je sors de la boue;
René, Louis, Marcel achèvent d'y pourir.

Quatre enfants orphelins, trois femmes qui sont veuves
Et ce clairon qui sonne au milieu du brouillard;
Comprenez-vous pourquoi ces notes là m'émeuvent ?
Je vivais en enfer et il n'est pas trop tard.

                         ***

Treize.


Heur et malheur d'un même amour
En combien de tristes détours !
Laissez-moi croire à notre rêve
Et que les larmes seront brèves,
Ne désespérez pas de nous,
En dépit de tous les à-coups:
A trois semaines du huitième,
Dix oublié, onze à sa fin,
Je vous le redis, je vous aime:
Autant hier, autant demain.

            ***

lundi 7 novembre 2011

Ombre.




Il n'y a rien autour de moi
Que cette grande paix de l'ombre
A l'heure où l'après-midi sombre
Dans la nuit d'automne et le froid.

Il n'y a pas une parole
Car les heures ont épuisé
Le temps et ces jours sont usés
Que rien ne réjouit ou désole.

La poussière ne tombe plus
Aux rangs ternis des étagères
Et les pages se font légères
Aux livres qu'on a déjà lus.

A peine un halo de lumière
Aux bras d'un fauteuil élimé
Et le silence trop aimé
Des solitudes casanières.

Allons que diras-tu de toi ?
"Dehors la nuit d'automne est sombre,
Hors cette grande paix de l'ombre
Il n'y a rien autour de moi."

             ***

dimanche 6 novembre 2011

Frère Ange (compagnon de St-François d'Assise).



Voici, je m'appelle Ange et j'ai suivi François,
Et j'ai vu son amour et j'ai vu sa misère,
Je me suis enivré de la même prière
Et n'ai pas regretté, fusse un instant, mon choix.

Pauvre ainsi que le fut le Seigneur sur Sa croix,
Je fus un moine heureux près du saint qui naguère
Se dépouilla de tout, non pas pour vivre austère,
Mais pauvre sur la terre où les pauvres sont rois.

Je ne possède rien, pas même la mémoire
De ce père béni dont certains se font gloire
Et dont le souvenir en mille endroits se vend.

C'est dessus le marais qu'était la Portioncule
Et le monde triomphe et le marais s'étend;
Ange est un grand vieillard parfois bien ridicule...

                      ***


NB: la Portioncule est une petite église d'Assise que François et ses compagnons remirent en état au début de leur ordre.

Les Jours.


Les jours ont fui comme fuit la rivière
Et beaucoup d'ombre et trop peu de lumière
En ont marqué le cours si vagabond,
L'espoir parfois a ce goût d'abandon
Et l'éclat chatoyant de l'inutile.
Les jours ont fui, mille par mille,
L'esprit voudrait, l'espérance conduit,
Et puis après ? Les jours ont fui.

            ***


lundi 31 octobre 2011

Anniversaire.




Je vous souhaite un bon anniversaire,
Sincèrement, mais je le fais de loin,
Les temps sont durs, prenez de vous grand soin
Et souriez, cela seul peut me plaire.

Je vous souhaite, au hasard du destin,
Tout le bonheur dont ce monde est capable,
Le but, c'est vrai, n'a pas été atteint
Mais à quoi bon chercher un responsable ?

Ces lignes là sont un piètre cadeau
Et, j'en conviens, un pauvre témoignage
De ce qui fut. Est-ce vraiment nouveau ?
Je pense à vous; profitez de votre âge.

Je le sais bien, vous ne me lirez pas,
Tant pis, tant mieux, mon espérance est veuve
Mais je voulais vous apporter la preuve
Qu'aucun oubli n'effacera vos pas.

           ****



Octobre.




La ville calme et imprécise
Sous son édredon de brouillard,
De toits gris en façades grises,
S'estompe dans un monde à part.

Et les marronniers racornissent
En brun et roux le long des quais
Dont l'eau boueuse et lente glisse
Entre les ponts comme il lui plaît.

Matin banal, fin de l'automne,
Pavés luisants d'humidité,
Jardins où l'humus s'abandonne
Au long des massifs déplantés,

Voici que six bons mois d'attente
Viennent juste de commencer,
Six mois trop longs d'heures si lentes
Auxquelles on ne veut penser...

       ****

dimanche 9 octobre 2011

Nocturne.





Les silences noirs de la nuit
Semblent de grands fleuves propices
Aux fantômes que le jour fuit
Pour leur éternelle malice.

Il y navigue des vaisseaux
Légers comme des illusions
Qui descendent au fil de l'eau:
Heureux qui sait leurs intentions.

Et les feuillages qui soupirent
Des contes à dormir debout
Se gardent bien de dire tout
Par crainte de nous voir en rire...

               ***


lundi 26 septembre 2011

A l'éphémère.

            

            

Ces derniers beaux jours ont le goût
D'un vin de nouvelles vendanges,
Les souvenirs en sont le moût,
L'insouciance, la force étrange.
On sent dans la douceur de l'air
Quelquechose d'inexprimable,
Comme un regret des matins clairs
Et des midis couleur de sable
Mêlé d'impensable gaieté,
Chaque heure dit que le temps passe,
On cesse pourtant de compter;
L'oubli vient en couvrir les traces.
Hier était encore en été,
Voici les premières mouettes,
Au vent d'ouest s'en vont chanter
A l'unisson, les girouettes,
Il vous vient l'envie de partir
Je ne sais où à l'aventure
Pour retrouver et ressentir
Ce qui ne s'apprend ni ne dure.

               ***

Solvet Saeclum. Danse Macabre.

          

Avez-vous vu sur l'horizon
Se lever une aube si noire
Que l'espoir semble sans raison
Et la prière dérisoire ?

Entendez-vous au loin ces pleurs,
Ces lamentations et ces plaintes ?
Un monde hurle sa douleur
Sous la plus implacable étreinte.

Voyez-vous se dresser là-bas,
Souriant aux heures amères
Et la faux pendue à son bras,
La Mort aux haillons de misère ?

Dansez abbés, dansez marchands,
Dansez vous tous, grands de ce monde,
Dansez bourgeois et paysans,
Elle vous invite à la ronde.

Adieu plaisirs, adieu beauté,
Adieu pouvoir, adieu richesses,
Chacun meurt en égalité
Dans la peine et dans la tristesse.

Venez danser petits et grands,
Jeunes et vieux, hommes et femmes
Sur fond de ciel noir et de flammes,
Venez danser votre tourment.

              ***


samedi 24 septembre 2011

Vieilleries.



Des nuages au fil de l'eau,
D'ombres et de lumières,
De vieux toits et de vieux canaux
Bordés de vieilles pierres,
Vingt siècles en un seul tableau,
Des parures altières
Aux gloires qui sonnent si faux
Et à quelles misères,
A quelles gerbes de drapeaux
Noyés dans la rivière ?

         ***

Stabat Mater Dolorosa.




Devant Son fils mourant, le Vierge douloureuse
Se tenait sans faiblir ni douter de la Foi
Et se confiait en Dieu à l'ombre de la croix,
Devant son fils mourant d'une mort miséreuse.

Et la nuit qui tombait semblait si ténébreuse
Et le monde si vide et le chemin étroit
Que Jean, La soutenant,tremblait même de froid
De douleur et de peine et de craintes affreuses.

Les disciples enfuis avant même Sa mort,
Ne croyaient plus en rien et maudissaient le sort,
Marie seule espérait contre toute évidence.

Dieu dormait au sépulcre et les juifs à Sion,
Au fond du temple obscur régnait un lourd silence
Et l'heure s'approchait de la résurrection.


                  ***

dimanche 18 septembre 2011

Instantané.

            



En passant sur le pont
Un beau matin d'automne,
Ce clin d'oeil, simple au fond,
En passant sur le pont.

Une ombre ton sur ton
Et dix heures qui sonnent
En passant sur le pont
Un beau matin d'automne.

              ***

Crépuscule.

                                


La cathédrale au fond, Saint-Etienne au plus près,
Saint-Guillaume là-bas, par delà le reflet,
Le crépuscule vient et le ciel est de rose,
Je ralentis le pas et je fais une pose,
A ce moment du jour il vous vient un besoin,
A défaut de bonheur, de calme tout au moins.
C'est l'heure de l'espoir, des promesses données,
L'heure des vagabonds et l'heure des idées,
C'est l'heure des amants, l'heure des souvenirs,
C'est l'heure des instants qu'on voulait retenir,
C'est l'heure d'un sourire un peu mélancolique;
Sur la rivière calme aux nuances magiques
Le jour se mêle au soir et s'enfuit lentement
Et l'ombre offre au passé son silence indulgent.

                        ***

lundi 12 septembre 2011

Orage.





Sous la menace de l'orage,
Un peu de soleil rassurant,
Belle, nous tournerons la page
Sous la menace de l'orage.

Que ces vers ci soient témoignage
Que l'on peut rompre en espérant,
Sous la menace de l'orage,
Un peu de soleil rassurant.

           ***

samedi 10 septembre 2011

Ponts de Strasbourg.

   





Ponts d'acier, ponts de pierre,
Temps anciens, temps nouveaux,
En suivant la rivière,
Demain  au fil de l'eau.

Au bord d'un parapet
Où nos amours s'attardent
Nul courant ne regarde
Au trouble d'un reflet.

        ***






vendredi 9 septembre 2011

Le Chant.



Ce chant qui monte dans la nuit,
Je sais bien ce qu'il me rappelle
Et chaque note qui se suit
Redit combien tu étais belle,

Combien alors nous nous aimions
Dans ces jours pleins d'incertitude,
Rêvant d'avenir et d'union
Au plus fort de nos inquiétudes.

Je l'ai chanté plein d'allégresse
Quand il me rapprochait de toi,
Je le reprends avec tristesse
En me souvenant d'autrefois.

Je le reprends ce soir d'automne
Si loin de notre bel été
Et chacun de ses mots chantonne
Ce qui pour nous a tant compté.

Il pleut sur les toits de la ville
Et sur les jardins effeuillés,
Sur de vieux rêves inutiles
Et sur des espoirs oubliés...

          ***


mercredi 7 septembre 2011

La Girouette.



Je m'aligne en grinçant, girouette rouillée,
A certains vents mauvais qui soufflent aigrement,
Qui portent la tempête et tiennent éveillée,
Dans une nuit d'automne, une âme qui se ment.

Et dans le temps passé, je valais mieux sans doute,
Au faîte de mon toit, aux rayons de l'été,
Dominant de très haut les plus lointaines routes
Et tutoyant le ciel en d'heureux apartés.

Mais après tant d'hivers, mais après tant d'automnes,
Après tant de frimas et tant de temps passé,
Mon toit menace ruine et qui donc s'en étonne ?
Je me ronge de pluie sur mon axe faussé.

La vieillesse me rend, je le crains, plus hautaine,
Je ne suis maintenant que des vents coléreux
Et vieille dame triste aux heures incertaines,
J'évoque un souvenir aux amants malheureux.

                           ***

dimanche 6 mars 2011

Les Quatre Saisons.

Or des frondaisons
Il viendra à votre place
Nuit, gel et tisons.



Feuilles aux buissons,
Fleurs aux jardins, je prédis
De belles moissons.