Quand la nuit se morfond elle parle à la nuit,
Parfois le ciel est noir, parfois la lune luit,
Je ne comprends pas tout ce qu’elle se raconte,
Je m’y perds quelquefois et je n’en ai point honte ;
Ses contes, bien souvent, sont à dormir debout
Mais encore une fois : je ne comprends pas tout.
Elle racontait hier une histoire de pierre
Dressée anciennement et couverte de lierre
Qu’on voit se transformer au solstice d’été
En princesse et courir le pays déserté
Sur les chemins perdus qui vont battre la lande
De vent, d’embruns, de sel, de genêts et de brande.
Une princesse hautaine au regard dur et froid
Qui toise l’horizon et cherche on ne sait quoi.
Ses yeux sont couleur d’océan, sa chevelure,
Et lourde et longue, a la couleur des moissons mûres.
Elle est très belle et je n’ai pas compris son nom
Ni quel est le péché qui lui vaut sa prison.
Elle n’est pas, c’est sûr, de celles-là qui cousent ;
La nuit en en parlant m’a semblé bien jalouse…
Cette nuit qui s’ennuie et trompe son ennui
En contant – c’était hier, pas un mot aujourd’hui –
Pour se passer le temps de curieuses histoires
Auxquelles je sens bien qu’il vaut mieux ne pas croire.
