mardi 9 janvier 2024

Epigramme du dimanche.


Mes jours s’en vont à ne rien faire,

Moi-même je ne songe à rien

Et je me dis que tout est bien

Car j’ai tout pour me satisfaire.

Je n’ai pour unique ambition

Que de vivre une vie tranquille.

Je laisse la fréquentation

De ce monde à de plus habiles.

Ma paresse est mon essentiel

Le reste n’est que pacotille

Que croient voir briller sous le ciel

De bien myopes et pauvres drilles.

 

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Changements.


 

Ni les cloches du Sud sonnant la liberté

Aux heures du soleil, le long des jours d’été,

Ni le vieil olivier, argenté de sagesse,

Ni le chemin désert que jamais rien ne presse

N’ont changé depuis hier mais ce matin, moi, si;

Pour être revenu simplement par ici,

Séjour ombreux des nuits où le vent se lamente,

Où la pierre moussue oublie en son attente

La main qui l’éleva pour quelque ancienne gloire,

Où le rire des fleurs a perdu la mémoire.

Et je ne sais ce soir nul remède à ce mal,

Nulle consolation hors l’espoir animal

Que peut-être demain ne sera pas semblable :

Promesse d’un sillon qu’on trace dans le sable.

 

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samedi 30 décembre 2023

A la nouvelle.


 

Un vieil hiver dans une ville d’autrefois

Où les quais sont déserts : il fait humide et froid.

Un pas remplace l’autre et l’on ne pense pas

Aux temps ensevelis, au nombre des années ;

Autant se sont perdues, la nouvelle a sonné ;

A quoi bon mesurer ? Ni règle, ni compas

Ne serviront ici ou en quoi que ce soit.

Cassons le sablier à son goulot étroit,

Son sable convient mieux au fond de la rivière.

Un pas poursuivant l’autre on se fait promeneur

Au milieu de ce jour – qui se soucie de l’heure ? –

On croise son reflet dessous un pont de pierre,

Saluant au passage, et c’est un peu pervers,

Et sa longue lignée et le dernier hiver.

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