Des nuages blancs de cinq heures
Et les ombres sur les toits bruns ;
Je regarde passer le train.
Le vent joyeux, le vent chagrin
Compose des chansons meilleures ;
Je regarde passer le train
Des nuages blancs de cinq heures.
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Des nuages blancs de cinq heures
Et les ombres sur les toits bruns ;
Je regarde passer le train.
Le vent joyeux, le vent chagrin
Compose des chansons meilleures ;
Je regarde passer le train
Des nuages blancs de cinq heures.
Presse les feuilles de tomber,
Ainsi s’envolent les plus sages
Mais, refusant de succomber,
Certaines que la vie enrage
Ne se laissent pas perturber.
« Il faut savoir tourner la page »
Leur dit le vent. « A regimber
Ainsi vous me faites outrage
Pour rien. Comment vous dérober ?
Toute saison est de passage. »
Je ne raconte plus d’histoires
Ne pouvant plus en inventer
D’ailleurs compter passant conter
Où trouverais-je un auditoire ?
Qui voudrait encore écouter
Ce que disent les feuillages
Après minuit, en aparté,
Lorsque le vent vient de la plage ?
Ou ce que les grands tournesols,
Quand ce vent vient de l’Est, apprennent
D’une rumeur à fleur de sol
Sous les nuages qu’il entraîne ?
La scie, aux beaux soirs, du grillon
Ou ce que les pigeons bafouillent ?
Ce que l’été sait sans leçons,
Ce qu’en octobre dit la pluie,
Mélancolique à sa façon,
Du temps de nos amours enfuies ?
Tout ce qu’un ciel étoilé dit
Ou tout ce que l’orage gronde
Et qu’a bien et souvent repris
Un poème aux rimes fécondes.
Que me chanterez-vous à la vieille saison
Où les feuilles s’en vont où le vent tourbillonne ?
Que me chanterez-vous entre braise et tisons
Pour rompre aux soirs profonds les silences d’automne ?
Les roses du jardin, les champs de la moisson ?
Et ces verts potagers où le melon bedonne ?
En de trop courtes nuits, ces émois à foison
Où le présent au rêve un moment s’abandonne ?
Il pleut sur tous les vers des poètes anciens,
Avant tout songe-creux et souvent girouettes,
Mais jamais il ne plut comme il pleut sur les miens
Pendant que de ma main j’écris cette bluette.
Ces grands chênes dehors, pour qui gémissent-ils ?
Vous ne me dites rien et le soir est si proche…
Le refrain du grand vent c’est un refrain d’exil ;
Que me chanterez-vous si ce n’est un reproche ?
Il est né quelque part en mer,
A pris terre je ne sais où,
Fougueux, triste, joyeux, amer,
Le vent est toujours aussi fou.
Il discourt, déclame, raconte
Des histoires d’un peu partout,
Du vrai, du faux, au bout du compte
On s’aperçoit qu’à tous les coups
Le vent est toujours aussi fou.
Depuis le temps que cela dure
On n’en retient pas toujours tout.
Le vent poursuit, il n’en a cure,
Il s’amuse ; que voulez-vous,
Le vent est toujours aussi fou.
A certains jours le vent rabâche
Et quelquefois il souffle doux,
Quand il arrive qu’il se fâche
Le monde est sens dessus dessous.
Le vent est toujours aussi fou.
Ce jour s’il se lève en colère,
Je la tolère et je l’absous :
Le vent est toujours aussi fou.